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| 11 Mai 2012
Dernier texte de Zachary jusqu'aux Evacoms qu'il doit maintenant réviser à fond. Un texte difficile qu'il a fallu reprendre plusieurs fois, mais dont l'exercice est bénéfique. Souhaitez-lui bonne chance pour sa préparation! (Son père fouettard)
Le taxi de l'aéroport nous dépose devant la gare du Retiro. Tout au long du trottoir, des vendeurs argentins proposent des choripans, des empanadas ou des jus d'orange pressées. À l'entrée de la gare, un mendiant tend lentement sa main vide et tremblante. Puis, un peu plus loin, dans le grand hall, un vendeur de loto offre des tickets d'espoir. Fatigués, nous nous asseyons enfin sur nos bagages au pied d'une grande colonne.
Soudain, un crissement de freins accompagne le train qui entre en gare. Les portes coulissantes claquent et déversent un flot de personnes sur le quai. Femmes et hommes pressés se ruent alors dans les tourniquets rouillés qui grincent péniblement à chaque passage. Au-dessus de cette rivière humaine, un drapeau pourvu d'une étoile verte se ballotte tranquillement. Joyeusement une jeune espérantiste vient à notre rencontre. C'est donc pour suivre Agustina chez elle, que nous nous dirigeons vers le quai. Pris dans la foule, à contre-courant, nous faisons à notre tour gémir les tourniquets. Le train semble plutôt vieux, abîmé et rafistolé. A chaque virage, il produit un tapage métallique pareil à dix casseroles dégringolant sur le sol. Ce bruit donne alors l'impression que le véhicule va se désagréger au prochain tournant.
Dans le wagon, deux personnes âgées, mesurant à peine un mètre cinquante, boitillent collées l'une à l'autre. Ce sont deux aveugles qui tiennent chacun une écuelle dans une main et une canne blanche dans l'autre. De cette manière, simultanément, ils se guident et récoltent l'aumône avec un timide : « Une petite pièce, s'il vous plaît ! Une petite pièce s'il vous plaît ! »
Un instant plus tard, un homme apparaît à la sortie de l'entre-wagon. Il tient dans ses bras deux cartons, un gros et un petit. Il passe à travers la voiture, tout en chantant d'une voix forte et articulée: « Biscuits Patitas, au chocolat et aux fruits! Biscuits, biscuits Patitas, pour le petit déjeuner comme pour le goûter! Demandez mes biscuits, à partager ou à manger tout seul, biscuits Patitas! » Il dépose son gros carton et fait un aller-retour en distribuant les « Patitas » et en répétant son refrain. Mais Beccar, la ville d'Agustina, nous attend et nous quittons ce train déjà riche en émotions et souvenirs.
Comme, il faut aller quelque part
On regarde, l'heure des départs
Dans le bruit et le chaos de la gare...
Equipé de mon MP3, le lendemain, j'écoute dans le train « Les Cow-boys Fringants » pour m'évader du quotidien porteño. Mais la suite de la chanson m'échappe, car un homme aux cheveux gris et à l'œil de verre vient de hurler d'une voix désespérée: « BONJOUR, je m'appelle JOSÉ! Avant je n'étais pas comme ÇA! Je travaillais comme VOUS! Mais un jour en rentrant chez MOI! Je me suis fait TABASSER! Alors, je me suis DÉFENDU! Mes agresseurs m'ont logé une balle dans la TÊTE qui m'est ressortie par L'OEIL ! » Une fois qu'il quitte le wagon, papa, maman et moi poussons un soupir de soulagement, satisfaits que les filles n'aient pas compris la tragédie de José.
Je repars dans les « Les Cow-boys Fringants » :
Et ce qu'elle aurait trouvé
Pour s'accrocher à la vie
C'est d' s'occuper des pauvres
Et des plus démunis...
Mais je suis à nouveau troublé dans mon écoute par un homme qui transporte un haut-parleur au-dessus des passagers. L'appareil braille et crépite. Puis l'homme se met à regarder fixement à l'autre bout du véhicule. Là, dans un fauteuil, un handicapé tient un micro dans sa main crispée et récite avec sa bouche à demi-ouverte un monologue de théâtre. Une fois ce dernier terminé, l'homme valide ramène le haut-parleur et les quelques pièces de monnaies récoltées au passage. Puis, il pose le tout sur les genoux de son compère qu'il fait rouler jusqu'au wagon suivant.
C'est ainsi que tous les jours, pères de famille, vendeurs ambulants et handicapés parcourent le train en quête de quelques pièces pour supporter leur misère journalière. Mais le plus intéressant d'entre-eux est indiscutablement Don Antonio, l'accordéoniste. Contrairement à tous les autres, il est joyeux et souriant. Il porte un costume certes usagé mais propre, des chaussures bien cirées qui le mettent nettement en valeur.
Si son spectacle se réduit à quelques mélodies de tango bien connues qu'il accompagne souvent de fausses notes, ce n'est pas grave. Car Don Antonio connait bien ses clients. D'un regard il accroche les dames en parlant d'amour, il attendrit les mères de famille en jouant pour leurs enfants et il captive les hommes par ses discours. De sa voix forte et amicale il entame avec facilité un préambule ou une conclusion à ses chansons. Il sait consoler les tristes, renforcer les faibles, soutenir les indignés. Dans ses courts discours, il prend à témoin les passagers qui l'observent émerveillés et convaincus du bien fondé de ses paroles. Quand l'attention requise est suffisante, que les cœurs sont réchauffés et les esprits apaisés, viennent alors, d'eux-mêmes, les applaudissements. Séduit par le personnage, Papa se joint aux autres pour lui tendre un billet de 2 pesos.
Par son talent d'acteur, Don Antonio apporte un rayon coloré d'espoir, qui contraste brillamment avec le quotidien maussade des argentins, et repart satisfait les poches pleines...










